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‘Christianisme et religions traditionnelles africaines’, c’est le thème autour duquel un colloque a tenu en haleine un public ce samedi à Lomé. Au cours de cette rencontre inédite organisée par la paroisse universitaire ‘Saint Jean Apôtre’ de Lomé et à laquelle ont pris part des prêtres catholiques, des chefs traditionnels, des universitaires, des représentants de quelques ministères et des jeunes de plusieurs obédiences, un panel a fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Il s’agit du 2è panel avec 2 communications dont l’une intitulée ‘nouvelle idéologie souverainiste d’un retour aux religions africaines’ donnée par le garant des us et coutumes Togbui Dagban Ayivon IV, chef du quartier Adakpamé, suivie d’une réponse dite pastorale au retour aux religions africaines.
Les fondements du retour aux traditions africaines
Lors de son temps de passage, Togbui Dagban a fait comprendre que la pensée africaine à la base des traditions africaines se différencie de l’idée qui sous-tend le christianisme par la conception du salut, l’absence d’un sauveur et d’un péché originel, l’absence de paradis et de l’enfer et la conception même de l’être suprême.
Togbui Dagban Ayivon IV
« Nous nous inscrivons dans un cycle. Nous sommes en symbiose avec la nature. Dieu, chez nous, est invisible et inaccessible. On ne peut l’appréhender qu’au travers d’un certain nombre de manifestations des divinités ou de la nature. La spiritualité en Afrique n’est pas réduite au Vodoun. Il y a toute une école et un certain nombre de connaissances, de pratiques, de savoirs et de méthodes dans cette spiritualité », a-t-il nuancé.
Selon le garant des us et coutumes, ce qui justifie la nouvelle tendance qui soutient le retour aux religions ou traditions africaines est profond. « Le retour aux religions traditionnelles africaines n’est pas un simple acte spirituel mais un processus identitaire, politique et culturel. Au nombre des idées qui justifient ce retour ou recours, il y a le rejet d’un héritage imposé, une quête d’authenticité, un besoin d’unité et la fin des complexes (dépigmentation, habillement, coiffure etc). Beaucoup d’Africains prennent conscience que les religions imposées ont été de la colonisation, elles ont souvent exigé l’oubli de nos ancêtres, le rejet de nos symboles, la destruction de nos temples. La religion d’importation est devenue pour beaucoup la religion du mépris de soi », a-t-il souligné.
Par ce retour aux traditions ancestrales, la jeunesse, dit-il, veut retrouver ses racines, ses langues sacrées et les croyances de ses ancêtres, avec à la clé le recours au paradigme de croisement de l’Afrique qui considère que l’univers est un tout indissociable.
Pour Togbui Dagban, il y a une nécessité que l’éducation en Afrique prenne désormais en compte les traditions africaines.
« Il est temps que les Etats africains reconnaissent les religions traditionnelles comme des religions officielles, au même titre que les autres. Le Vodoun a sa place dans les écoles, les universités et les centres de recherche, non plus comme une curiosité mais comme un système de pensées. Le Vodoun doit être un outil de souveraineté spirituelle. Aucune nation ne peut être libre si elle prie ou réfléchit uniquement dans les langues ou les livres des autres », a-t-il proposé.
La réponse pastorale critique le retour en question
Le révérend Dr Charles Kuzo, dans sa réponse pastorale, a reconnu que les prises de position pour un retour aux religions traditionnelles africaines font florès aujourd’hui partout, même sur les réseaux sociaux. « Cela participe à un mouvement identitaire plus vaste. Il ne convient pas de taxer d’emblée d’idéologique ce retour mais il faut plutôt se demander de quoi ce retour aux religions africaines est la critique », a-t-il lancé.
Révérend Dr Charles Kuzo
Selon lui, ce désir de retour s’entend comme critique du christianisme, de son échec mémoriel, de sa complicité dans la tentative d’effacement de ce qui est en train de renaître aujourd’hui.
« Il apparaît que leur démarche dépasse la seule nostalgie d’une spiritualité ancestrale jadis bannie. Elle charrie une contestation multiforme qui éclaire les impasses du christianisme africain contemporain », soutient-il.
Pour ce prêtre catholique, le christianisme n’est pas étranger à l’Afrique mais sa pratique a ‘étrangéisé’ les spiritualités autochtones à certaines époques et dans certains milieux.
Aux questions ‘de quoi le désir de retour aux religions traditionnelles africaines est-il le nom ?’ et ‘à quoi retourne-t-on ?’, il estime que ce à quoi on prétend retourné est une invention ou une réinvention des traditions. S’appuyant sur 2 auteurs occidentaux, il pense qu’aucun culte africain précolonial n’existe intact.
« Le Vodoun est un syncrétisme. Il a reçu les influences des Yorouba, des Fon et même des catholiques. Alors, quand on parle de retour, nous demandons retour à quoi ? On présente quelque chose comme ce qui a toujours été et c’est à ça qu’il faut faire recours pour vivre mieux. Les sources pures sont une illusion », indique-t-il.
Pour lui, ce retour est une instrumentalisation ou un exact miroir des missions coloniales. « Hier, on imposait le baptême pour christianiser mais aussi, disait-on, pour civiliser. Aujourd’hui, on veut imposer par exemple le Vodou pour africaniser. Tout cela, c’est des violences et il faut les voir comme tel. Cela respire une cruelle ironie. On reproduit l’erreur missionnaire en essentialisant une tradition pure qui n’existe nulle part mais surtout, en retombant dans le reproche fait aux missionnaires d’avoir instrumentaliser le christianisme en colonie », a-t-il précisé.
Pour le comité d’organisation de ce colloque, la mission est accomplie. « Ce fut une journée dense, exigeante et inspirante. Les communications ont ouvert des perspectives riches et souvent courageuse. Les communicateurs nous ont conduits au cœur des tensions et des malentendus mais aussi des possibles féconds entre christianisme et religions traditionnelles africaines », a marqué un membre dudit comité.
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