dimanche, octobre 11, 2026
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    Sénamé Agbodjinou : « l’ouverture des données prescrit de nouvelles façons d’entreprendre»

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    Le monde a entamé une nouvelle révolution avec le développement de l’intelligence artificielle et l’utilisation des données considérée comme le « nouveau pétrole » du 21ème siècle. Ces deux sujets ont été abordés dans un contexte togolais par Sénamé Koffi Agbodjinou, promoteur des centres d’innovations WoeLab.

    Architect designer et  anthropologue de formation, il s’évertue à faire de Lomé, une ville plus intelligente à travers son projet Hub-cité. Depuis deux ans, ce Data activiste connu à travers le monde, pose les bases des assises africaines de la Data dénommée eCITYZENDAYS/DATAFORCE.

    Global Actu : Depuis mars 2015, le Togo a entamé un processus d’ouverture de données, comment vous appréciez ces trois années de parcours ?

    Sénamé Agbodjinou : Il semblerait que le Togo ne soit le pays qui ait fait le plus d’avancées en la matière. Il semblerait que même dans la sous-région, on soit parmi les derniers. Le Togo a effectivement ratifié un certain nombre d’accords pour ouvrir ses données. Donc, il y a encore  beaucoup d’efforts à faire. Ce n’est pas seulement la question de l’ouverture des données qui se pose, mais quelles données, où les stocker et où les trouver ? Le premier effort, c’est de créer des sites internet ou des institutions comme les archives ou les statistiques qui ont leurs bases de données déjà constituées et bien organisées avant de voir sous quelles conditions et avec quels outils on les ouvre à ceux qui en ont besoin.

    On vous sent si préoccupé par le stockage à l’étranger des données. Pourquoi une telle inquiétude ?

    On dit de la donnée qu’elle est le nouveau pétrole. Quand vous observez bien, vous vous rendez compte que les cinq entreprises qui gagnent le plus d’argent dans le monde sont basées sur le marketing de la donnée et la plupart de ces entreprises sont localisées aux Etats-Unis ou en Chine. Si nous n’avons pas le contrôle de nos données, cela veut dire que nous construisons des champions américains ou chinois sur de la ressource africaine. Avec l’affaire Snowden et la plus récente Cambridge Analytica (utilisation de milliers de données privées fournies par Facebook pour favoriser le candidat Trump dans l’élection présidentielle américaine, ndlr), on voit que la donnée est aussi un enjeu politique, de sécurité, de droits humains etc. pour toutes ces raisons, il faut la sécuriser. De façon naturelle, il doit y avoir une dynamique nationale pour que nous ayons nos propres stocks de données ou en tout cas que nous ayons la garantie que ceux qui ont les moyens de stocker nos données, nous les livrent et n’en font pas ce qu’ils veulent. 

    Rien que sur Facebook, 5.000 à 6000 Togolais libèrent leurs données chaque mois. En l’absence d’un cadre juridique sur la gestion des données, l’affaire Cambridge Analytica peut-elle se produire au cours des prochaines élections au Togo ?

    Ce n’est pas seulement un problème américain parce qu’en fouillant, on sait rendu compte que Cambridge Analytica qui est épinglé dans cette affaire avec Facebook a déjà travaillé avec les gouvernements kényan et nigérian. Ça veut dire que ces entreprises qui rentrent dans les bases de données, prennent des données et les orientent pour influencer des suffrages, ont déjà des regards sur l’Afrique. Par rapport aux échéances électorales qui sont les nôtres, il faut que nous nous mobilisions pour que ce cas de figure ne se produise pas.

    Au-delà des risques, quelles opportunités l’ouverture des données offre à la dynamique entrepreneuriale en cours dans le pays ?

    C’est une révolution qui se met en place et qui prescrit de nouvelles façons d’entreprendre. Si nous avons nos propres bases de données ouvertes, que ce soit des données sur la statistique, la consommation de telles ou telles autres choses ; ce genre de données, l’Etat, les hôpitaux, les grands opérateurs au Togo en ont et si ces données sont ouvertes, les jeunes entrepreneurs vont se retrouver plus libérés dans leurs capacités d’imagination et de création. Ce sera une stimulation extraordinaire pour cette culture entrepreneuriale qui est la startup. On pourra développer un climat de confiance, de transparence et d’affaire qui va faire prospérer le pays et les retombées vont arriver jusqu’à la dame au fin fond du Togo.

    Une des retombées de l’ouverture des données est le développement de l’intelligence artificielle. Quelle est la situation de cette révolution technologique au Togo ? 

    La situation au Togo est que nous ne faisons que subir l’intelligence artificielle pour le moment et nous n’avons aucun signal des gens qui essaient de la comprendre et de la travailler.

    Pourquoi ce retard ?

    Déjà, il y a deux principaux freins dont nous devons avoir conscience au niveau africain globalement. Le premier souci est qu’on n’a pas les plus gros stocks de données. L’intelligence artificielle se nourrit de données. Plus vous avez de données, plus vous pouvez faire des intelligences artificielles plus performantes. Le deuxième frein est que l’intelligence artificielle demande des calculateurs très performants et cette technologie demande beaucoup d’énergie  pour fonctionner. Ces deux freins qui sont logiques peuvent être réglés grâce à la démographie, une bonne politique en terme de base de données et à une autre politique plus virulente en terme de développement d’énergie propre. A part ces deux, l’autre frein est le manque de vision.

    Que faut-il faire alors pour que le Togo ne soit pas victime de cette révolution ?

    Même si on n’arrive pas à identifier une application spécifiquement africaine ou une urgence du développement de l’intelligence artificielle en Afrique, ce n’est pas une raison de sauter dans le train. Il faut toujours comprendre les nouvelles révolutions et être capable d’anticiper, même si on décide après de ne pas y participer. Si les autres qui décident d’y participer, le font à une échelle où ça nous revient d’une façon ou d’une autre, si on ne la comprend pas, on ne pourra pas dire non.

    Il faut de toute façon aider les jeunes à faire des thèses en intelligence artificielle, lancer des startups en intelligence artificielle, même si l’Afrique décide de ne pas rentrer dans le jeu de l’intelligence artificielle. C’est le seul moyen pour nous de pouvoir ne pas effectivement rentrer dans le jeu, c’est de comprendre cette technologie.

    Jérémie Gadah

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