- Advertisement -
- Advertisement -
- Advertisement -
- Advertisement -
Un simple transfert d’argent par Mobile Money, une consultation médicale dans un hôpital, une inscription à un concours, l’ouverture d’un compte bancaire, une commande sur une plateforme de vente en ligne ou encore une simple connexion sur un réseau social. Sans toujours en avoir conscience, les Togolais laissent quotidiennement derrière eux une multitude de données personnelles.
Nom, numéro de téléphone, localisation, photographie, données biométriques, informations bancaires ou encore dossiers médicaux alimentent désormais un vaste écosystème numérique en pleine expansion.
Mais une question demeure : que deviennent réellement ces informations une fois collectées ? Qui y a accès ? Sont-elles suffisamment protégées contre les utilisations abusives ?
A mesure que le Togo accélère sa transformation numérique, ces interrogations prennent une importance croissante. Elles touchent aussi bien les citoyens que les entreprises et les administrations publiques.
Une victime parmi tant d’autres
Lorsque Prisca reçoit un appel d’un prétendu agent d’une société de télécommunications, rien ne lui paraît suspect. Son interlocuteur connaît son identité, son numéro de téléphone et même certaines informations relatives à son compte Mobile Money.
En quelques minutes, convaincue de suivre une procédure de sécurité, elle communique un code confidentiel.
Quelques instants plus tard, son compte est vidé.
Au-delà de la perte financière, c’est un profond sentiment d’insécurité qui s’installe. « Je me suis demandé comment cette personne pouvait connaître autant d’informations sur moi », raconte-t-elle.
Son histoire n’est pas un cas isolé. Usurpation d’identité, faux conseillers clientèle, piratage de comptes, création de faux profils sur les réseaux sociaux ou encore utilisation frauduleuse de documents administratifs illustrent une réalité de plus en plus fréquente.
Ces témoignages rappellent que derrière chaque fuite de données se cache souvent une victime dont la vie privée, la réputation ou les ressources financières peuvent être gravement affectées.
Une digitalisation qui progresse plus vite que la culture de la protection des données
Le Togo poursuit depuis plusieurs années une ambitieuse stratégie de transformation numérique.
Les services financiers mobiles se généralisent. Les démarches administratives se dématérialisent progressivement. Les plateformes numériques gagnent du terrain dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du commerce ou encore de l’administration publique.
Cette évolution représente une opportunité pour améliorer l’accès aux services. Mais elle entraîne également une circulation sans précédent des données personnelles.
Chaque acteur, opérateur de télécommunications, banque, établissement de santé, administration, entreprise privée ou plateforme numérique, collecte et traite des informations sensibles.
Pourtant, de nombreux utilisateurs ignorent encore les droits dont ils disposent et les précautions à prendre avant de communiquer leurs informations personnelles.
Des experts interrogés dans le cadre de cette enquête estiment que la véritable faiblesse ne réside pas uniquement dans les outils technologiques, mais aussi dans le faible niveau de sensibilisation des citoyens.
D’après la réponse de l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCy) parvenue à notre rédaction, le constat est que les techniques d’ingénierie sociale, comme celle subie par Mme Prisca, se développent grâce à une combinaison de facteurs humains, techniques et organisationnels.
« L’accès à des données personnelles peut résulter de failles techniques (systèmes non mis à jour, mots de passe faibles), de négligence humaine ou de fuites internes. Même des applications tierces non vérifiées peuvent collecter illégalement des données sensibles », explique l’agence.

Le Togo dispose pourtant d’un cadre juridique
Contrairement à une idée largement répandue, le Togo s’est doté d’un cadre légal destiné à protéger les données personnelles.
La loi n° 2019-014 du 29 octobre 2019 encadre la collecte, le traitement, le stockage, la transmission et l’utilisation des données à caractère personnel. Elle reconnaît plusieurs droits fondamentaux aux citoyens, notamment le droit à l’information, le droit d’accès, le droit de rectification, le droit d’opposition ainsi que le droit à l’effacement, souvent appelé « droit à l’oubli ».
Le texte impose également aux responsables de traitement plusieurs obligations : recueillir le consentement de la personne concernée lorsque la loi l’exige, assurer la confidentialité des informations collectées, garantir leur sécurité et limiter leur durée de conservation. Les données dites sensibles, notamment celles relatives à la santé, aux opinions politiques ou à la vie sexuelle, bénéficient d’une protection renforcée.
Sur le papier, le dispositif apparaît relativement complet. Toutefois, la principale interrogation demeure celle de son application effective.
Deux institutions au cœur de la protection numérique
Au Togo, la gouvernance du numérique repose sur deux institutions complémentaires.
L’Instance de Protection des Données à Caractère Personnel (IPDCP) est chargée de veiller au respect de la législation sur les données personnelles. Elle reçoit les plaintes des citoyens, contrôle la conformité des traitements, mène des actions de sensibilisation et accompagne les organismes dans leur mise en conformité.
A ses côtés, l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCy), notamment à travers le CERT.TG, assure la protection des systèmes d’information contre les cyberattaques, coordonne la réponse aux incidents informatiques et contribue à renforcer la résilience numérique du pays.
La complémentarité entre ces deux institutions illustre la distinction essentielle entre protection de la vie privée et cybersécurité.
L’une protège les droits des personnes.
L’autre protège les systèmes.
Les citoyens connaissent-ils réellement leurs droits ?
C’est probablement l’une des principales limites observées.
Au cours des entretiens réalisés pour cette enquête, plusieurs citoyens reconnaissent accepter les conditions d’utilisation des applications sans les lire.
D’autres communiquent leurs pièces d’identité via WhatsApp ou les réseaux sociaux sans s’interroger sur leur utilisation future.
Très peu savent qu’ils disposent d’un droit de rectification, d’opposition ou de suppression de leurs données personnelles.
Pour répondre à ce déficit d’information, l’IPDCP multiplie les campagnes de sensibilisation, notamment auprès des jeunes et dans les établissements scolaires. Ces initiatives traduisent une volonté de développer une véritable culture de la protection des données.
Mais au regard de l’accélération de la numérisation, plusieurs spécialistes estiment que ces efforts devront encore être amplifiés.
Les femmes davantage exposées à certaines formes de cyberviolence
Si les risques concernent l’ensemble des citoyens, certaines catégories apparaissent particulièrement vulnérables.
Les femmes sont notamment davantage exposées aux violences numériques : diffusion non consentie de contenus privés, usurpation d’identité, sextorsion, harcèlement en ligne ou encore utilisation de technologies émergentes comme les deepfakes.
Ces atteintes dépassent largement la simple question technique. Elles affectent la dignité, la réputation, la sécurité psychologique et parfois même la situation professionnelle des victimes.
Plusieurs initiatives nationales intègrent désormais cette dimension de genre dans les politiques de sensibilisation et de formation, notamment dans les secteurs de la santé et du numérique.
Le Document Budgétaire Sensible au Genre (DBSG) du Ministère de l’Economie d’une part, et la Politique Nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre du Togo d’autre part, exigent d’intégrer des modules de sensibilisation et des quotas dans les formations du personnel, notamment de santé et des services publics.
Le PNUD et l’Université de Lomé ont publié des témoignages et des données soulignant la nécessité de briser les stéréotypes dans la tech à travers des programmes spécifiques, tels que les ateliers de formation aux métiers du numérique pour les jeunes femmes.
Dans le secteur de la santé, l’agence promeut l’implication des hommes et l’égalité des sexes via sa stratégie sur les Genres et droits humains, améliorant ainsi l’accès des femmes à l’information en matière de santé reproductive.
Toutes ces initiatives sont excellentes, mais elles doivent désormais clairement aborder les risques liés à la cybersécurité auxquels les femmes sont exposées, par exemple à travers des campagnes ciblant les femmes afin de les sensibiliser à ces risques spécifiques et de leur expliquer comment se protéger.
Entre confiance numérique et responsabilité collective
La protection des données personnelles ne relève plus uniquement des spécialistes de l’informatique. Elle concerne désormais chaque citoyen.
Utiliser des mots de passe robustes, activer l’authentification à deux facteurs, vérifier l’identité des interlocuteurs avant de communiquer des informations sensibles, limiter le partage de données personnelles sur les réseaux sociaux ou encore signaler toute tentative d’escroquerie constituent aujourd’hui des réflexes essentiels.
Les entreprises, administrations et plateformes numériques ont également une responsabilité importante. Celle de la confiance des utilisateurs dépendra de leur capacité à traiter les données avec transparence, sécurité et responsabilité.
Un enjeu majeur pour la gouvernance numérique
La transformation numérique constitue l’un des moteurs du développement économique du Togo. Mais cette ambition ne pourra pleinement produire ses effets que si les citoyens ont confiance dans les services numériques qu’ils utilisent.
Le pays dispose désormais d’un cadre juridique, d’institutions dédiées et d’une stratégie de cybersécurité en construction.
Le véritable défi consiste désormais à rendre ces mécanismes pleinement opérationnels, visibles et accessibles à tous.
Car protéger les données personnelles ne revient pas seulement à sécuriser des fichiers informatiques.
C’est protéger l’identité des citoyens, préserver leurs libertés fondamentales et renforcer la confiance indispensable à l’économie numérique.
A l’heure où chaque clic, chaque paiement électronique et chaque démarche administrative génèrent des informations personnelles, la question n’est plus de savoir si les données doivent être protégées.
Elle est de savoir si chaque citoyen connaît réellement ses droits et si les mécanismes existants sont suffisamment efficaces pour les faire respecter.
Pour protéger ses données, il ne faut jamais communiquer un code de validation reçu par SMS. Utiliser un mot de passe différent pour chaque compte. Activer la double authentification lorsqu’elle est disponible. Vérifier l’identité de toute personne demandant des informations personnelles. Eviter de publier des documents officiels (CNI, passeport, relevés bancaires) sur les réseaux sociaux, et aussi se former régulièrement via les plateformes de l’ANCy ou du CERT (https://ancy.gouv.tg/ https://cert.tg).
Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
- Advertisement -








