mercredi, octobre 7, 2026
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    8 mars : l’Afrique doit ‘réinventer’ ses reines et son système de matriarcat

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    Dans quelques jours, c’est le 8 mars, la journée internationale des droits de la femme. Une journée instituée par les Nations Unies en 1977 mais qui trouve ses origines dans l’histoire des luttes ouvrières aux Etats-Unis et en Europe. Une journée qu’on aime particulièrement en Afrique.
    Plusieurs organisations en Afrique mouillent le maillot au cours de cette journée, dans le but d’une embellie de la situation de la femme. Mais, tout ce qui est fait, semble rester loin des réalités africaines.
    Pour promouvoir la femme africaine d’aujourd’hui, les enclos coloniaux issus de la Conférence de Berlin, même devenus indépendants, ne trouvent pas meilleur exemple à suivre que dans le modèle de société dominant. Et pourtant, les réalités ne sont pas les mêmes.
    D’ascendance matriarcale, l’Afrique doit-elle prendre exemple sur les peuples d’ascendance patriarcale ? Si les rôles s’inversaient et que les autres communautés étaient à la place de l’Afrique, vont-elles suivre l’exemple d’une communauté d’ascendance patriarcale pour promouvoir la femme chez elles ? Voilà autant de questions qui poussent à la réflexion et qui méritent une attention particulière.
    Ce développement se propose de plonger dans l’histoire africaine d’avant ou d’après esclavage et colonisation, pour éclairer la lanterne de l’opinion sur la situation de la femme d’avant ces 2 crimes.
    Le système de matriarcat
    Les données sur les grandes figures féminines à travers toute l’Afrique, fournies par les témoignages d’anciens voyageurs et les découvertes d’historiens modernes illustrent le rôle de premier plan joué par des femmes remarquables qui ont assumé dans certaines circonstances la direction de leur peuple, notamment dans des luttes entre États africains ou contre les invasions arabes et les conquêtes coloniales. Il ne fait plus aucun doute que de nombreuses sociétés africaines ont fonctionné sous un système de matriarcat où les femmes jouaient un rôle central. Dans ce système social méconnu de beaucoup d’Africains à cause du système éducatif encore centré sur le modèle dominant, les femmes occupaient des positions de pouvoir et de responsabilité, en harmonie avec la communauté.  Plusieurs écrits parlent de nombreux exemples de sociétés où les femmes étaient des leaders et des décisionnaires influentes. Dans ces sociétés africaines, les femmes, quelle que soit leur position, sont éduquées à devenir des garants des patrimoines culturel, génétique, matériel et même foncier. Des sociétés qui ont promu une sorte de complémentarité entre la femme, socle de la société, et l’homme. Les femmes influençaient les décisions de manière significative. Ne dit-on pas que c’est la femme qui porte conseil et non la nuit ?
    Dans l’Egypte antique, il y a eu des pharaonnes. La reine Candace du Soudan méroïtique avait impressionné toute l’antiquité par la résistance qu’elle opposa à la tête de ses troupes aux armées romaines de César-Auguste. La perte d’un œil au combat ne fit que redoubler son courage. Même Strabon, le chauvin, en dit long sur son intrépidité : « cette reine eut un courage au-dessus de son sexe ».
    L’expression ‘au-dessus de son sexe’, il faut avoir le courage de le dire, trahit la mentalité qui régnait à cette époque, à propos des femmes dans le monde grec. Jusqu’au début du XXème siècle au moins, il n’y a pas, à proprement parler, de femmes qui aient, comme en Afrique, marqué l’histoire en Occident. Encore moins dans le monde arabe.
    Or, en Afrique, dans l’antiquité comme dans une bonne partie du Moyen-âge, la femme avait déjà sa place dans les sphères de décision. Les exemples sont légion dans les empires et royaumes qui ont jalonné l’histoire chez les Mossi du Burkina Faso, dans la société Akan du Ghana et de la Côte d’Ivoire, les Songhay, au Mali, au Nigeria, en Sierra Leone, au Congo et au Sénégal. Des femmes de pouvoir effacées de l’histoire ?
    La phase la plus marquante dans l’histoire du Danhomey du roi Gbehanzin (1844-1906), ce n’est pas tant les exploits des Agodzie (Amazones) qui ont ébloui par leur exploit militaire mais la résistance choisie par ce royaume contre l’armée française commandée par le colonel Dodds. Cette résistance, selon un historien africain de renom, serait la conséquence d’une décision de l’assemblée consultative des femmes du royaume, qui s’est réunie la nuit, après celle des hommes réunie le jour, et avait choisi l’ordre de mobilisation et la guerre. Un bicamérisme spécifique reposant sur la dualité des sexes. « Loin d’entraver la vie nationale et d’opposer les hommes et les femmes, il garantissait l’épanouissement de tous », écrit-il.
    Si l’Afrique se référait à cette organisation sociopolitique qui n’a rien à envier à ce qui se fait actuellement, même chez les grandes nations qu’on dit avancées en matière de promotion de la femme, elle serait exemplaire et non suiveuse.
    Il faut à un moment donné qu’on fasse l’état des lieux de la promotion de la femme en Afrique. En voulant à tout prix faire comme les autres, est-on en train de faire du bien à la femme africaine ? Veut-on vraiment le développement de la société africaine ? Où trouve-t-on la force de singer ceux qui ont ruiné nos systèmes ? Pourquoi les politiques de promotion de la femme en Afrique ne veulent pas voir dans le rétroviseur pour mieux faire ? Continue-t-on de croire que la société africaine d’antan est une société arriérée ?
    « La promotion politique des femmes ne m’intéresse pas. L’égalité homme-femme ne m’intéresse pas si c’est pour ressembler à nos propres hommes qui sont des otages. Ce qui est important pour moi aujourd’hui, c’est une bonne connaissance de l’état du monde. Pourquoi l’Afrique est dans cette situation ? S’il faut fixer des cheveux jusqu’au dos ou se dépigmenter, ressembler le plus possible au blanc pour exister, c’est ça le drame pour moi. C’est ça qui doit changer ». Cette pensée d’Aminata Traoré, une femme politique malienne, doit faire réfléchir.

    Ecrit par Kofi Telli

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