lundi, août 10, 2026
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    Menstruation et handicap : le combat de ces femmes oubliées

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    Assise sur un petit tabouret dans la cour, Afi baisse les yeux, visiblement gênée. A 24 ans, cette jeune femme en situation de handicap moteur vit chaque mois une épreuve dont elle parle rarement.
    « Quand mes règles arrivent, je dois toujours appeler ma sœur… je ne peux pas tout faire seule », confie-t-elle d’une voix basse.
    Comme Afi, de nombreuses femmes en situation de handicap au Togo vivent leur menstruation dans la difficulté, entre dépendance, manque d’équipements adaptés et silence social.
    Une épreuve mensuelle sous contraintes
    Pour ces femmes, gérer leurs règles ne relève pas seulement de l’intimité. C’est souvent un véritable défi logistique.
    Se déplacer jusqu’aux toilettes, se changer, laver ses vêtements… des gestes simples pour beaucoup deviennent des obstacles majeurs. « Les toilettes ne sont pas adaptées. Parfois, je préfère rester chez moi pendant toute la période, peu importe le nombre de jours que ça doit faire », explique Mireille, une jeune femme malvoyante.
    A cela s’ajoute le manque d’accès aux produits hygiéniques. Certaines dépendent entièrement de leurs proches pour s’en procurer. D’autres utilisent des chiffons trouvés à porter des mains, faute de moyens.
    C’est le cas de Madeleine, « A 29 ans, je dépends entièrement de mes parents, je ne peux plus exiger qu’ils payent des couches pour moi, donc je le fais à l’ancienne ».
    Au-delà des difficultés matérielles, c’est la question de la dignité qui se pose. « Ce n’est pas facile de demander à quelqu’un de t’aider pour quelque chose d’aussi intime », lâche Afi.
    Pour les femmes vivant avec certains handicaps, notamment mentaux ou lourds, l’accompagnement est indispensable. Mais il se fait souvent sans formation spécifique pour les aidants, ce qui peut renforcer le malaise, voire entraîner des situations de négligence.
    Le poids du tabou et du silence
    Dans une société où les menstruations restent un sujet sensible, ces réalités sont encore plus invisibilisées.
    Peu d’initiatives existent pour proposer une éducation menstruelle adaptée aux femmes en situation de handicap. Les supports sont rarement accessibles (braille, audio, langage simplifié), et les discussions sur le sujet restent limitées. Ce qui explique que beaucoup vivent cette période dans l’incompréhension, la honte ou l’isolement.
    Des conséquences bien réelles
    Ce manque d’accompagnement a des impacts directs sur leur quotidien. Certaines jeunes filles s’absentent de l’école pendant leurs règles. D’autres limitent leurs déplacements ou leurs activités. L’hygiène précaire expose également à des risques sanitaires.
    Mais au-delà de la santé, c’est la confiance en soi et la participation sociale qui sont affectées.
    Briser le silence, agir pour l’inclusion
    Face à cette réalité, des voix commencent à s’élever pour une meilleure prise en compte des besoins spécifiques de ces femmes.
    C’est le cas de l’Association des Femmes et Filles handicapées Vaillantes de la région des Savanes (A2FHV-S). http://a2fhv-s.org  Selon leur présidente, Françoise Dogomangue, elles travaillent au quotidien pour améliorer les conditions de vie des femmes et filles en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur santé sexuelle et reproductive. « L’un de nos principaux axes d’intervention reste la sensibilisation autour de l’hygiène menstruelle, un sujet encore tabou, mais qui est pourtant une réalité incontournable », a-t-elle précisé.
    « A travers notre association, nous organisons régulièrement des sessions de formation et d’échanges qui permettent aux femmes de s’exprimer librement, de partager leurs expériences et d’apprendre les bonnes pratiques pour éviter les infections. Nous profitons également de ces cadres pour sensibiliser les parents, car leur rôle est essentiel dans l’accompagnement de ces jeunes filles », raconte-t-elle.
    Consciente que la situation de ces femmes ne leur permet pas de se procurer des serviettes hygiéniques chaque mois, l’A2FVH-S envisage de former ces femmes à la fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables, afin de leur offrir une solution durable et accessible.
    Une piste de solution pour l’A2FHV-S
    Dans le cadre de faciliter l’accès aux infrastructures de base de ces femmes, Mme Dogomangue et ses partenaires ont lancé un projet pour améliorer l’accès aux toilettes adaptées, car pour elle, certaines femmes vivent encore sans latrines, dans des conditions qui portent atteinte à leur dignité. Des initiatives de mobilisation de ressources sont en cours pour concrétiser ce projet dans les régions des savanes.
    L’objectif de l’association est que ces femmes puissent s’épanouir, participer pleinement à la vie sociale et contribuer au développement.
    Au Togo, il y a d’autres organisations et associations qui plaident pour l’épanouissement des femmes et filles vivants avec du handicap, mais par faute de moyens elles sont limitées dans leur actions.
    Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
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